La chambre aux miroirs
L’ascenseur sentait le bois rare. Elle avait retiré ses gants trop tôt ; ses doigts étaient encore froids.
Ils s’étaient croisés au bar de l’hôtel, sans se chercher. Une phrase sur le lac, une autre sur l’heure tardive. Rien de plus. Puis le regard s’était attardé, assez longtemps pour que la politesse bascule en invitation.
La chambre donnait sur la ville éteinte. Des miroirs, discrets, renvoyaient la lumière des lampes plutôt que les corps. Elle aime cela : se voir sans se juger. Il a compris tout de suite, et n’a rien commenté.
Ils ont parlé encore un peu, assis au bord du lit, comme si le temps n’était pas compté. Quand il a touché son poignet, elle a fermé les yeux. Pas pour se cacher : pour mieux sentir.
Ce qui a suivi n’avait rien d’une performance. Des gestes lents, des respirements alignés, la chaleur qui monte sans se presser. Par moments, elle le regardait dans le miroir, et c’était une autre façon de se dire oui.
Au matin, ils n’ont pas échangé de numéros. Seulement un café, et cette phrase, presque amusée : « On saura se retrouver, si on le souhaite. » Lausanne est petite, quand on le veut bien.